Le Thor / Avignon

Le dernier patient de cette longue journée vient de céder sa place à un silence de cathédrale. Seul le tic tac de l’horloge rythme avec les battements de mon coeur le temps qui passe ainsi que le rangement que je m’impose après chaque journée. On frappe à la porte. Une urgence se présente-t-elle, une urgence au visage d’aventure et de longs voyages ? J’entrouve à peine la porte lorsque je distingue déjà le fumet si caractéristique du tabac à pipe de mon vieil ami Sherlock Holmes. L’aventure avance d’un pas décidé et entre dans mon salon. Holmes s’assoit, tire longuement sur sa pipe en bois de bruyère, souffle cette fumée acre et très désagréable qui maintenant imprègne et empeste mon salon.
– L’affaire est grave mon ami, lâche-t-il rapidement.
– Quelle affaire ? Les bijoux de la reine ont disparu ? Un immense dignitaire s’est fait enlever ? Moriarty est de retour ?
– Pire, mon cher Watson. Hélas, cent fois hélas. Nous touchons-là au mystère ultime, la plus grande énigme qui se soit présentée au grand Sherlock Holmes. Nos plus grands éclats jusqu’alors ne représentent rien comparés à la complexité de la disparition que l’on a présentée à ma sagacité.
– Bigre, je n’ose imaginer à quel point les enjeux doivent être incroyablement élevés, sur le plan national, voire mondial. Combien de têtes corrompues serons-nous amené à faire tomber pour que jaillisse la lumière éclatante de la vérité ? Dites-moi tout, je trépigne, je ne tiens plus !
– Nous allons, mon cher Watson, nous plonger dans un monde encore inexploré par la puissance de mon cortex, un domaine vierge de réflexions issues des circonvolutions neuronales hautement pointues que mon cerveau est capable de mettre en œuvre. Enfin, toute ma puissance de déduction logique, ma méthode éreintée à la plus grande précision rationnelle, vont être testées à leur plus haut niveau d’efficacité. Mon cher ami, très cher Watson, nous voilà sur les traces d’une disparition aussi incroyable qu’improbable. Où est passé le jeu dynamique et rieur des joueurs de hand du Thor ?
– Quoi, mais que me racontez-vous là ?
– Oui, docteur, vous avez bien entendu.
– Les jeunes joueurs du Thor ont perdu leur si beau jeu fait de vitesse, de passes vers l’avant, de plaisir à jouer ensemble ? Mais quel est le monstre qui a osé le leur voler ? Ne faut-il pas être le plus abominable des atroces voleurs pour oser s’attaquer au jeu de Corenthin, Zoé, Tess, Malo, Antoine, Loan, Noé, Baptiste, Adrian et Audric ? Enfer et damnation ce crime ne restera pas impuni fois de docteur Watson !
– Je ne vous le fait pas dire mon ami. Voici comment se sont déroulés les derniers méfaits tels qu’ils ont été rapportés au grand Sherlock Holmes :
« Ce samedi 7 janvier 2017, à 14h, nous en avons été témoins. Dès l’engagement les Avignonnais marquent. Une fois de plus les Thorois devront courir après le score. Les attaques menées par nos joueurs ne dépassent pas les 9 mètres adverses. Les tirs de loin sont contrés, la défense bloque nos petits gabarits. Parfois Malo ou Adrian tentent des tirs de loin, mais c’est difficile et voué à l’échec. Les Avignonnais enchaînent les contres quand nos protégés restent arrêtés sur la fin de leur attaque et n’effectuent pas l’effort nécessaire à un repli qui bloquerait les adversaires. Nos passes sont hésitantes, nos attaques sont sans mouvement ni vitesse. Le vol du jeu, de l’énergie et de la confiance des Thorois est désormais manifeste. Au lieu de faire avancer la balle, ils la font circuler de gauche à droite. Plutôt que de s’engager sur les adversaires, nos représentants restent sur place. Au début de presque toutes les attaques, une immense machinerie souterraine fait pencher le terrain à droite ce qui fait qu’ils attaquent presque exclusivement par ce côté. Le plus difficile pour des droitiers. Les Avignonnais enfilent les buts comme des perles et les Thorois butent contre eux comme si les pointillés aux 9 mètres étaient un mur infranchissable, le mur de leur propre peur, des limites qu’ils ne veulent pas franchir, du risque qu’ils ne peuvent pas prendre, des coups qu’ils craignent de recevoir. Tout cela nous amène jusqu’à la fin du match où les visiteurs ont gagné 18 à 4 »
– Voilà mon cher Watson, malgré les entraînements tactiques, techniques et psychologiques, la peur reste dominatrice car le jeu du Thor a été dérobé. A nous d’entrer en action, ils comptent sur nous.

Sébastien.